Actualité : Crise, Sécurité, Violences, Climat !

2587689b-93c2-4acd-90d1-e9eef2fae746-620x372

Actualité : Crise, Sécurité, Violences, Climat !

La décision du gouvernement français d’interdire les manifestations, marches, défilés et autres «activités de plein air» pendant le sommet sur le climat de Paris est inquiétante – de même que l’inégalité fondamentale de la crise climatique elle-même – et cette question centrale dont la sécurité est finalement valorisée dans notre monde déséquilibré.

Les personnes confrontées aux pires conséquences du changement climatique n’ont pratiquement aucune influence sur les débats occidentaux portant sur les moyens à mettre en oeuvre pour empêcher la catastrophe du réchauffement climatique. Les grands sommets climatiques comme celui de Paris sont de rares exceptions.

Pendant deux semaines seulement, une fois tous les cinq ans, la voix des personnes qui sont le plus gravement touchées peut se faire entendre là où les décisions cruciales sont prises.

Le coût est énorme, en dollars ou en euros, comme en dioxyde de carbone, mais la participation au sommet est une chance unique pour parler de changement climatique d’un point de vue éthique et donner un visage humain à la catastrophe en cours.

Naomi Klein, journaliste canadienne, auteure, cinéaste et militante altermondialiste considère l’interdiction de manifester pendant la conférence Climat comme un révélateur des injustices politiques actuelles :

Encore une fois, un pays occidental riche place la sécurité des élites devant les intérêts de ceux qui se battent pour leur survie.

Encore une fois, le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre ne compte pas.

Qui protège-t-on, quand on cherche à assurer la sécurité par tous les moyens nécessaires ? Et qui est sacrifié, alors que l’on pourrait faire beaucoup mieux ?

Ces questions sont au coeur de la crise climatique. Les réponses sont la raison pour laquelle les sommets du Climat finissent si souvent dans l’acrimonie.

La décision du gouvernement français d’interdire les manifestations, marches et autres «activités en extérieur» pendant le sommet du Climat est perturbante à plusieurs niveaux.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’elle reflète l’injustice fondamentale de la crise climatique elle-même, et cette question centrale : qui sont les personnes dont la sécurité est considérée importante dans notre monde asymétrique ?

La première chose à comprendre, c’est que les personnes exposées aux pires effets du dérèglement climatique ne peuvent quasiment pas se faire entendre dans le débat public occidental, quand on se demande s’il faut agir sérieusement pour empêcher un réchauffement catastrophique.

Les gigantesques sommets du climat comme celui que Paris s’apprête à accueillir sont de rares exceptions. Pendant deux petites semaines, les voix de ceux qui sont touchés, en premier et le plus fort, ont un peu de place pour se faire entendre là où des décisions majeures sont prises.

C’est pour cette raison que des habitants des îles du Pacifique, des chasseurs Inuits et des personnes de couleur pauvres vivant à la Nouvelle Orléans parcourent des milliers de kilomètres pour y participer. Participer à ce sommet est une précieuse occasion pour parler du dérèglement climatique du point de vue de la morale, et de mettre des visages humains sur la catastrophe en train de se produire.

Le deuxième point important c’est que même lors de ces rares moments, les voix de ceux qui se trouvent en « première ligne » n’ont pas assez de place dans les réunions officielles, où dominent les gouvernements et les ONG les plus riches. Les voix des gens ordinaires s’expriment surtout dans les rassemblements de base qui se tiennent parallèlement au sommet, ainsi que dans les manifestations et les moments de protestation qui attirent de cette manière l’attention médiatique.

Or le gouvernement français a décidé de confisquer le plus puissant de ces porte-voix, en affirmant qu’assurer la sécurité des manifestations mettrait en péril sa capacité à garantir la sécurité de la zone du sommet officiel où les dirigeants politiques vont se rencontrer. Certains disent que cela se justifie dans la situation de riposte contre la terreur.

Mais un sommet du climat des Nations-Unies n’est pas comme une réunion du G8 ou de l’Organisation Mondiale du Commerce, où les puissants se rencontrent et ceux qui n’ont pas de pouvoir tentent de gâcher leur fête.

Les évènements concomitants de la «société civile» ne sont pas un ajout ou une distraction de l’évènement principal. Elles font intégralement partie du processus. C’est pourquoi le gouvernement français n’aurait jamais dû être autorisé à décider quelle partie du sommet il annule, et quelle partie il continue d’accueillir.

Après les épouvantables attaques du 13 novembre, il aurait plutôt dû décider s’il avait la volonté et la capacité d’accueillir tout le sommet, avec la pleine participation de la société civile, y compris dans les rues. S’il ne le pouvait pas, il aurait dû y renoncer et demander à un autre pays de le remplacer. Pourtant, le gouvernement de François Hollande a pris une série de décisions qui reflètent une échelle de valeurs et de priorités très particulières quant à qui et quoi obtient la pleine protection de sa sécurité par l’Etat.

  • Oui aux dirigeants du monde, aux matchs de foot et aux marchés de Noël.
  • Non aux manifestations pour le climat et aux rassemblements qui reprochent aux négociations, compte-tenu du niveau des objectifs de réduction des gaz à effet de serre, de mettre en danger la vie et les conditions de vie de millions, si ce n’est de milliards de personnes.

Et qui sait où cela finira ? Doit-on s’attendre à ce que l’ONU révoque arbitrairement les accréditions de la moitié des participants de la société civile ? Ceux qui semblent le plus susceptible de causer de l’agitation à l’intérieur du sommet bunkerisé ? Je n’en serais pas du tout étonnée.

Il est important de réfléchir à ce que l’annulation des manifestations et protestations signifie en réalité et au plan symbolique.

Le dérèglement climatique est une crise morale car à chaque fois que les gouvernements des pays riches échouent à agir comme il le faudrait, ils envoient le message que nous, au Nord, plaçons notre confort immédiat et notre sécurité économique devant la souffrance et la survie de certains des habitants les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète.

La décision d’interdire les espaces les plus importants où les voix des personnes affectées par le climat auraient pu s’exprimer, est l’expression dramatique de cet abus de pouvoir profondément non éthique.

Encore une fois, un pays occidental riche place la sécurité des élites devant les intérêts de ceux qui se battent pour leur survie.

Encore une fois, le message est : notre sécurité n’est pas négociable, la vôtre ne compte pas.

Un dernier point : j’écris ces lignes depuis Stockholm, où je participe à une série d’événements publics sur le climat. Quand je suis arrivée, la presse s’excitait autour d’un tweet envoyé par la ministre de l’environnement, Asa Romson. Peu après la nouvelle des attentats de Paris, elle a tweeté sa colère et sa tristesse face à ces morts. Puis, qu’elle pensait que c’était une mauvaise nouvelle pour le sommet du climat, une pensée qui a traversé l’esprit de tous ceux que je connais, et qui ont un rapport avec le sommet du climat. Pourtant, elle a été jetée au pilori à cause de son insensibilité supposée : comment pouvait-elle penser au dérèglement climatique alors que venait de se produire un tel carnage ?

Cette réaction est révélatrice de l’idée que le changement climatique est une question mineure, une cause sans véritables victimes, un événement futile.

En particulier quand les problèmes sérieux de la guerre et du terrorisme sont au centre de l’attention. Cela m’a fait penser à ce que l’auteure Rebecca Solnit a écrit récemment : «le dérèglement climatique est une violence».

C’est une violence. Une partie de cette violence est infiniment lente : la montée du niveau des mers qui efface peu à peu des nations, les sécheresses qui tuent des milliers de personnes.

Cette violence est aussi terriblement rapide : les tempêtes qui portent les noms de Katrina et Haiyan emportent des milliers de vies en un seul instant ravageur.

Quand les gouvernements et les grandes entreprises échouent en conscience à agir pour empêcher la catastrophe du réchauffement, c’est un acte de violence.

C’est une violence si grande, si mondiale, et infligée à tant de périodes temporelles à la fois (cultures anciennes, vies présentes, futur potentiel) qu’il n’existe pas encore de mot capable de décrire toute cette monstruosité.

Faire preuve de violence pour réduire au silence ceux qui sont le plus vulnérables à la violence climatique est une violence de plus.

Pour expliquer pourquoi les matchs de foot se tiendraient comme prévu, le ministre français des Sports a déclaré : «la vie doit continuer». Oui, c’est vrai.

C’est la raison pour laquelle j’ai rejoint le mouvement pour la justice climatique.

Parce que quand les gouvernements et les grandes entreprises ne parviennent pas à refléter dans leurs agissements la valeur de toutes les formes de vie sur Terre, il faut réagir. Parce qu’ils échouent à prendre en compte toutes les vies sur Terre, ils doivent être contestés.


Dernière nouvelle :

“ Nicolas me demande de l’aide pour le climat ”

COP21-2015-11-27 14.46.40

 “ François m’ordonne de rester chez moi. ”

COP21 2015-11-27 15.05.22

 “ Mais les deux iront à la COP21 sans moi ! ”


Il y a quelque chose que je ne capte pas : on nous a dit et redit que les forces de police ne pouvaient pas surveiller 10.000 personnes signalées comme « suspectes » mais ces forces suffiraient à empêcher des millions de citoyens de se lever et de marcher pour définir ensemble leur futur.

Il serait grand temps d’arrêter de renoncer tout le temps.

Ce temps est le notre. Ce futur est le notre.

Arrêtons de déléguer à quelques uns le bénéfice de nous représenter tous. Marchons à Paris pour le climat !


Retour en Haut

Ce contenu a été publié dans Actualités, Débat Public, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.