Actualité : « Tribune libre » du siècle des Lumières au siècle de l’opacité

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« Tribune libre » du siècle des Lumières au siècle de l’opacité

Cette « tribune libre » fait écho à celle de Mr Georges Buisson publiée le 17 novembre dans les colonnes du Berry Républicain et intitulée « de la nécessité d’un espace de création et de rencontre ».

Autant dire tout de suite que si nous partageons bien une chose avec son rédacteur, c’est le titre car, nous sommes, nous aussi, bien entendu convaincus qu’il est nécessaire et même indispensable qu’il existe, dans cette ville, un tel espace et que la première responsabilité d’une Maison de la Culture est précisément de remplir pleinement une telle mission.

Mais on ne peut aspirer à une telle ambition en acceptant que celle-ci se fonde sur tout ce qui est contraire à l’idée même de rencontre : Depuis l’annonce faite par le précédent Maire d’un projet de construction d’un nouvel équipement, tout ce qui a été mis en œuvre dans la précipitation et la contre information s’est opéré sans aucune concertation avec les acteurs directement concernés par un tel projet comme avec les citoyens (également contribuables).

Dès lors que des individualités ou des collectifs associatifs ont voulu poser des questions, s’informer, être éclairés sur ce que serait ce nouveau projet on a négligé leur parole en leur disant que c’était uniquement une affaire de spécialistes et d’experts, on a ignoré leur mobilisation en prétendant qu’il n’y avait « rien à sauver », on a caricaturé leurs propositions en les traitant de passéistes, nostalgiques, et populistes, on a cherché à les culpabiliser en les rendant responsables à priori d’un éventuel échec pour en faire, à postériori les boucs émissaires, on les a insultés en les faisant passer pour des fossoyeurs !

Alors, pour que les choses soient, une fois pour toutes, bien claires, qu’il soit bien entendu ici qu’aucune personne, aucune association, aucun collectif n’est contre la nécessité d’un équipement Maison de la Culture à Bourges. Et que même, nombre d’entre ceux qui sont favorables à la réhabilitation du site historique, estiment que celle-ci nécessitera tout de même une partie de construction nouvelle.

Personne n’est « contre » le projet d’une nouvelle Maison de la Culture mais pas n’importe où, pas n’importe comment, pas à n’importe quel prix et surtout pas sur la base d’un projet qui divise à ce point la population.

La tension qui, actuellement monte sur les pentes de Séraucourt est due essentiellement au fait qu’à partir du moment où le premier arbre sera abattu sonnera irrémédiablement le début d’un chantier. Ce que nous voudrions faire comprendre aux berruyers c’est que ce chantier va s’ouvrir alors qu’il est prématuré, non financé, illégal et déficient de toute concertation.

Prématuré puisque le Maire, lui-même reconnait qu’il en fera prochainement une présentation à la population… Les berruyers ne connaissent donc pas encore ce projet dont le chantier est sur le point d’être lancé.

Non financé, puis-qu’aujourd’hui, les représentants de l’État et des collectivités territoriales sont encore à la recherche de plusieurs millions manquants à l’ardoise déjà.

Illégal puisque cette construction devrait débuter sans avoir encore obtenu les autorisations nécessaires de la Direction de l’Architecture et de l’UNESCO pour un projet situé dans le périmètre de la cathédrale Classée au patrimoine mondial et dans le périmètre de 500 m de la façade de la Maison de la Culture et de celle du château d’eau I Inscrites, toutes deux à l’inventaire supplémentaire des monuments.

Mais nous voudrions particulièrement argumenter ici sur le fait que ce chantier débute en l’absence totale de concertation :

  • Concertation préalable avec l’ensemble des acteurs culturels institutionnels de la Ville (École Nationale des Beaux Arts – Friche l’Antre Peau – Conservatoire de Musique et de Danse – Médiathèque – Muséum – Service du Patrimoine – Réseau des Musées…). Comment et sur quelles bases la Maison de la culture du XXIème siècle pourra-t-elle prétendre demain travailler en réseau avec les autres équipements de la Ville ?
  • Concertation préalable avec les forces vives directement concernées. Toute nouvelle construction d’un équipement collectif doit aussi, dans l’élaboration de son programme se poser la question de son emplacement dans la cité. Or aucune référence à cette question fondamentale qui touche à l’urbanisme ne figure dans le futur programme. Aujourd’hui de nombreuses voix s’élèvent (urbanistes, acteurs du commerce et du tourisme, …) pour souligner que l’emplacement actuel du site historique – c’est-à-dire le haut de la rue Moyenne – est un secteur naturellement attractif alors que celui choisi pour la nouvelle construction va isoler l’activité culturelle de la vie sociale, touristique et commerçante déjà en déclin dans le centre ville.
  • Aucune concertation préalable non plus avec les défenseurs du Patrimoine alors que le bâtiment historique inauguré par le Général de Gaulle et André Malraux (première Maison de la Culture en France) est aujourd’hui, et pour très longtemps, une friche pour laquelle pourtant des alternatives crédibles, chiffrées, et sans dégâts pour la nature existent.
  • Aucune concertation préalable encore avec les défenseurs de l’environnement alors que le site envisagé va détruire une perspective et un espace boisé essentiels aux habitants. On mystifie la population en faisant croire que « seulement » 82 arbres vont être abattus alors que ne sont pas comptabilisés ceux qui vont devoir disparaitre, dans un deuxième temps, sur l’esplanade pour les accès au nouvel équipement. Des recours juridiques sont d’ailleurs en cours.
  • Ce projet n’a enfin fait l’objet d’aucune consultation avec les citoyens qui sont aussi contribuables. L’impact de son financement, loin d’être bouclé, se traduira à la fois par une imposition plus lourde en même temps que le gel, tant au niveau local que départemental et régional de tout autre projet d’investissement dans le domaine culturel. Autant de budgets des collectivités territoriales qui ont déjà eu à se partager les près de 6 millions d’euros – véritable gâchis – dépensés pour la démolition de ce site historique. On nous fait miroiter aujourd’hui un projet culturel qui fera l’objet d’une consultation de la population, alors que ces mêmes collectivités territoriales ne parviennent pas aujourd’hui à financer le nouveau projet MCB, et alors que d’autres bâtiments restaurés (Chapelle de l’Hôtel Dieu) ou non-restaurés (Calvin) deviennent eux-aussi de superbes coquilles vides faute de moyens.

Peut-on imaginer qu’un but aussi ambitieux et important pour la vie de la Cité soit durable sans prise en compte de toute cette mosaïque humaine et sociale ? Peut-on imaginer que ce projet soit viable quand plus de 4600 personnes – chiffre qui ne cesse d’augmenter de jour en jour – font entendre leur indignation quant au gâchis déjà réalisé et aux erreurs, et même fautes graves, qui s’accumulent dans le traitement actuel de ce dossier ?

Lorsque Mr Buisson écrit « pourrait-on rêver au rassemblement de tous autour d’une seule et simple idée…. » Est-il finalement, lui aussi, en train de s’apercevoir que le projet qu’il défend est loin de faire, l’unanimité ou souhaite-t-il seulement que ce rassemblement dont il rêve n’ait d’autre objet que de lui signer un chèque en blanc ? L’ensemble de la population, tout comme la plupart des créateurs, des animateurs, des acteurs culturels n’ont jamais été invités à s’asseoir autour de la table pour partager le gâteau de cette réflexion. Et ce n’est que maintenant – mais bien trop tard – alors que tout semble décidé par quelques uns, alors que plus rien ne peut plus être discuté, alors que la seule réponse du Maire à nos questions et de nous dire que le projet est très avancé et qu’on a plus le choix  que Mr Buisson espère «  mettre en harmonie l’ensemble de la population avec la création artistique de son temps, et sous toute ses formes »

Nous ne pensons pas que Gabriel Monnet serait resté silencieux devant ce « coup de force illégitime » mais, contrairement à Mr Buisson qui s’estime seul dépositaire de la parole et de la mémoire du premier directeur et fondateur de la MCB nous laissons les berruyers juger de l’autisme du Maire de Bourges et de sa dureté à l’exemple de l’inhumanité avec laquelle les autorités – afin d’ouvrir ce chantier – ont démonté un espace réservé aux expressions des cultures urbaines (skate-park) sans même avoir la civilité de prévenir les jeunes utilisateurs.

Il y a donc tout à craindre de l’édification d’un nouvel équipement culturel dès lors qu’il s’érige sans qu’il y ait eu appropriation de celui-ci par la population et dès lors qu’il entend se bâtir contre une partie de celle-ci.

Tout à craindre de cette édification dont les fondations même vont à l’encontre de cet espace de création et de rencontre que Mr Buisson appelle de ses vœux.  Tout à craindre des  effets d’annonce : Ceux qui veulent bâtir la Maison de la culture du XXIème siècle restent muets sur ce qu’est, ou ce que devrait-être la Culture du XXIème.

Tout à craindre de voir qu’une aventure artistique et humaine qui avait, il y a cinquante ans fondé son projet sur la philosophie du siècle des Lumières nous entraine aujourd’hui dans un XXIème siècle de l’opacité.


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